Je me suis souvent demandé ce qui reliait réellement les nouvelles de ce recueil.

Au premier regard, elles semblent très différentes.

L’une se déroule à l’aube de l’humanité, une autre dans la Bretagne de 1914, une autre encore dans les tranchées de la Grande Guerre, au pied du mur de Berlin ou sous la lumière froide de la Lune.

Les personnages ne se connaissent pas.
Les époques ne se croisent pas.
Rien, en apparence, ne les unit.

Et pourtant.

Tous attendent.

Une mère attend la naissance de son enfant.
Un homme attend une réponse à une lettre.
Une femme attend un soldat.
Deux sœurs attendent de pouvoir se retrouver.
Des millions d’êtres humains attendent qu’un homme pose le pied sur la Lune.

Mais l’attente n’est qu’un visage visible.

Car au fond, ce livre ne parle pas vraiment d’attente.

Il parle de ce qui relie les êtres lorsqu’ils sont séparés.

Séparés par la distance.
Par les frontières.
Par le temps.
Par l’Histoire.
Parfois même par la mort.

Nous passons nos vies à croire que nous avançons seuls. Pourtant, quelque chose continue souvent à nous relier aux autres. Une présence discrète. Un souvenir. Une promesse. Une lettre conservée dans un tiroir. Une photographie. Une voix que l’on croit entendre encore. Une place laissée vide autour d’une table.

Ces liens sont invisibles.
Ils ne se mesurent pas.
Ils ne s’expliquent pas toujours.

Mais ils existent.

J’ai voulu raconter ces instants suspendus où une vie semble en attente de quelque chose ou de quelqu’un.
Ces moments où le temps ralentit.
Où le monde paraît retenir son souffle.
Où l’essentiel se joue parfois dans un regard, un silence ou quelques mots.

Je n’ai jamais cherché à écrire sur les grands événements de l’Histoire.
D’autres l’ont fait bien mieux que moi.

Ce qui m’intéresse, ce sont les êtres humains qui se trouvent à l’intérieur de ces événements.
Ceux qui attendent un retour.
Ceux qui espèrent.
Ceux qui continuent d’aimer malgré l’absence.
Ceux qui restent.

Peut-être parce que nous avons tous attendu quelqu’un un jour.

Peut-être parce que certaines attentes ne prennent jamais vraiment fin.

Et peut-être aussi parce que ce qui demeure d’une vie n’est pas ce que nous possédons, mais les liens que nous avons tissés avec les autres.

Si ces nouvelles ont un point commun, il est probablement là.

Dans cette conviction discrète que les êtres ne cessent jamais tout à fait de se rejoindre.

Même lorsque tout semble les séparer.